« Comment tout a commencé », documentaire humble et réjouissant sur Greenpeace et enquête sur l’ego trip

Ce documentaire de 106 minutes raconte la genèse de Greenpeace. « Au secours !  » me direz-vous. « C’est pas fini », je vous réponds.

Allez-y, matez ! Vous n’y verrez pas de longues interviews marmonnantes de préceptes vegan dans des bureaux éco-construits.

Ce film illustre avec un recul inattendu et une honnêteté peu pratiquée par les temps qui courent la naissance douloureuse de l’association, l’émergence de la protection de l’environnement et des actions non-violentes. Attendez ! Ne partez pas ! C’est vraiment sportif, je vous jure !

Équipage du 1er navire Greenpêace, le Phyllis Cormack.

Ceci n’est pas la pochette d’un vinyle de chants de marins irlandais. Non, non, non… Bob, Paul et les autres sont de retour de la première campagne, en protestation contre les essais nucléaires US à Amchitka (1971). La photo a été habilement colorisée par un stagiaire de 3ème anonyme.

Faut pas oublier qu’il s’agit pratiquement des premiers ecowarriors répertoriés, hein ! C’est pas du communiqué de presse ou du tweet en chaîne qu’ils pianotaient sur tablette au chaud dans un café-wifi, on parle activistes, là ! Amarrage de cargo en Zodiac le ventre vide, perturbation d’essais nucléaires sur zone en claquant des dents et j’en passe. C’était avoir faim, froid, sommeil, mal au coeur à crever et sentir le fuel même dans la bouche.

En pleine campagne présidentielle, dans un monde où les imposteurs et les forts en gueule ouvrent leur claquoir pour dire de (grosses) bêtises, ce documentaire a une vertu pédagogique assumée, une quête qui cogne : la problématique de l’ego-trip ou comment un groupe d’humains chouettes, rassemblés autour d’idées communes pacifistes encore plus chouettes, peut se disloquer vilainement pour des raisons d’orgueil.

Bob Hunter, co-fondateur et âme de Greenpeace

Bob Hunter, inventeur de Greenpeace. Devant le Phyllis Cormack, premier navire de la flotte (bonnet Hedi Slimane, t-shirt Comme des Garçons, barque, barbe et accessoires Vivienne Westwood).

« Est-ce que ça requinque ?  » vous me demandez. Je vous réponds « Ah ça ! Et pas qu’un peu ! ».

Les images d’archives des seventies saisissent par la fragilité de cette entreprise, filmée dès ses débuts, quel bol ! Elle commence par erreur, menée par une bande de fous magnifiques, Bob Hunter en tête, oscillant entre gouffre et réussite et découvrant, en pleine mer et en action, la raison et le pourquoi d’agir. C’est la Nouvelle Vague faite écologistes militants. Une bande de hippies, mecs talentueux, irascibles, compétents, certains sont un peu largués, qui écoutent de la musique psyché, jurent, clopent comme des pompiers, aiment visiblement la sape et montrer leur gueule pour faire transpirer les filles. Ça donne pas dans le végétarien sage en tunique de chanvre.

Les deux figures maîtresses sont canadiennes et masculines. D’abord celle de Bob Hunter, journaliste, découvreur de la protection des baleines, adversaire des lobbies, cerveau et âme exigeante de Greenpeace, visionnaire torturé et parfois déçu par la réalité de la cause qu’il a animée. Entouré de gars, surtout de gars (peu de femmes semblent exister dans les débuts de l’aventure); des gars à l’ego taillé comme des grattes-ciel. Ça vous rappelle quelqu’un ? On les voit se mettre sur la tronche à coup de disputes viriles, ça dissout l’énergie et dilue les espoirs que leur truc nouveau puisse vraiment réussir. Les questionnements et la lucidité de Bob Hunter sont passionnants pour qui prétend au management, à la direction de start-up ou à la présidence de la République. Il s’étiole à force de s’activer à réparer, réconcilier, tenter les compromis, imaginer des campagnes inédites, clairvoyant mais pas complètement. Il n’a pas vu qui était l’ange exterminateur dans son groupe.

Paul Watson, Bob Hunter et Bibi Phoque (1976)

Paul Watson, Bob Hunter. Campagne contre la chasse aux phoques, l’ambiance est pourrie et rien ne se passe comme prévu. La grosse outre devant avec les points noirs, c’est Bibi Phoque, qui cache ses bras sous son corps parce qu’il caille et qu’il n’est pas détendu (il voit la horde de chasseurs prête à bondir derrière le photographe).

A ses côtés, le plus fameux des co-fondateurs, Paul Watson, jeune sauvageon aux lèvres pulpeuses qui veut en découdre avec ceux qui tuent les animaux et fera dissidence pour créer Sea Shepherd.

Certaines scènes évoquent un ridicule digne des Précieuses, les deux  beaux gosses errant sur la banquise entre un bébé phoque et une Brigitte Bardot pleine d’ardeur, ou une émotion pas cucul : semblant marcher sur l’océan, Paul Watson est accroupi sur un baleineau agonisant de côté, harpons fraîchement plantés dans ses flancs qui déversent son sang en cascade. Et là, le cadrage déchire. C’est beau et ça palpe du sentiment. Paul avoue une révélation à cette seconde, en caressant la peau épaisse et encore chaude de la jeune baleine – on comprend le bonhomme.

Bob Hunter, fil rouge du documentaire, devient un personnage profondément contradictoire, inspirant et puissant. Décédé en 2005, son héritage marque l’organisation.

On peut défendre les baleines et être bourré de défauts (j’en sais quelque chose). Bob Hunter a inventé Greenpeace et c’est pas rien.

Paul Watson, fondateur de Sea Shepherd Conservation Society

Paul Watson, pirate des mers, défenseur des océans et ami des baleines.

Greenpeace, comment tout a commencé

Un documentaire de Jerry Rothwell (2015).

En replay sur Arte jusqu’au 17 avril 2017.

Des kids attaquent l’industrie fossile américaine pour « négligence climatique ». Le procès qui va changer le 21ème siècle.

Le procès du siècle ? 21 gosses attaquent l'industrie fossile U.S. et le gouvernement fédéral pour négligence climatique avec le soutien de l'association Our Children's Trust.

Le procès du siècle ? 21 gosses attaquent l’industrie fossile U.S. et le gouvernement fédéral pour négligence climatique avec le soutien de l’association Our Children’s Trust.

Terrifique se réveille d’un long sommeil pour vous communiquer une magnifique nouvelle ! Une caresse sur la nuque des anxieux du futur, une cuillère de miel dans les gorges tapissées de particules fines, une sonate en ut majeur aux oreilles des climato-mélancoliques.

Une nouvelle passée inaperçue ou presque, alors que ses conséquences vont bouleverser l’avenir de la JUSTICE CLIMATIQUE, cette grande dame pleine de promesses – tant qu’il y aura des juges honorables pour la rendre.

Sachez que lorsque cette nouvelle caressera votre nuque charmante, chers lecteurs, elle offrira plutôt la froidure du tranchant de la machette sur la nuque des industries fossiles américaines et fera planer sur leurs têtes l’injection létale administrative, glas et loi sur les faillites aux Etats-Unis : le « chapitre 11 ».

Le Juge Thomas M. Coffin.

Le Juge Thomas M. Coffin en 1986 (il est in-trou-vable sur Google images. L’analyse de Terrifique ? Il est sans doute aussi séduisant que courageux et ne diffuse aucun portrait afin de pas devenir une idole païenne avec trafic de posters et enchères délirantes de flyers dédicacés sur ebay).

Cette nouvelle qui nous rapproche aujourd’hui est tombée vendredi 8 avril à Eugene, Oregon, United States of America, de la bouche de l’honorable et terrifique juge Thomas M. Coffin.

Ce justicier au regard clair a officiellement validé la plainte d’un groupe de 21 enfants de 8 à 19 ans qui assignent en justice les représentants de 625 compagnies pétrolières et exploitants du gaz de schiste sur le sol américain, soit la quasi totalité de ces industries pesant 217 milliards de dollars annuels (2014, source Statista). Visé également, le gouvernement fédéral américain, accusé d’encourager et de laisser faire. 2 grosses légumes pour le prix d’un ? Les enfants ont la main verte.

Le juge retient sans réserve le motif de la plainte des kids, à savoir la « violation de leurs droits constitutionnels ». Car, oui, ces entreprises participent activement et en pleine conscience au saccage irréversible de l’environnement des citoyens américains (et de l’Irak, de l’Arctique, des océans…), en dépit des recommandations pressantes des scientifiques – et ce depuis plus de 40 ans.

Tenez, une anecdote amusante : le FBI a procédé à une perquisition chez Exxon Mobil à l’automne dernier et a trouvé des mémos confidentiels attestant que la compagnie connaissait par le menu les graves conséquences de ses activités sur la santé de l’humanité entière depuis… 1981. Rhô ! Ces mémos ont dû servir par mégarde à caler un bureau bancal, c’est tout ! Non, non, non, ce n’est pas du cynisme mais de la malchance, monsieur le juge !

Soutenus par l’association Our Children’s Trust, composée de juristes, d’avocats et de défenseurs de l’environnement, les enfants ne sont pas seuls contre tous, que nenni ! Un de leur héraut et membre de l’association est James Hansen. Bill (diminutif incompréhensible de James), Bill donc est un éminent chercheur retraité de la NASA, qui dirigea un institut d’études spatiales pendant plus de 30 ans. Et c’est là-bas, un matin qu’il s‘apprêtait tranquillement à étudier l’espace (comme tous les matins), qu’il a eu un sacré coup de chauffe. Le donut humide de café encore à la main, Bill a brutalement compris le rôle des gaz à effet de serre et des particules fines dans le dérèglement climatique et le danger de leur accumulation dans l’atmosphère. Ni une ni deux, il présente ses travaux lors d’une audience historique devant le Sénat américain en 1988. À partir de là, personne ne pouvait plus dire « Hein ? ! Quoi ?! Ah ben non, j’étais pas au courant, ce jour là, je pêchais le saumon en Alaska et y’avait pas de wifi ».

Icône du Vieux Campeur et des activistes environnementaux.

James Hansen et sa petite-fille Sophie, qui fait partie des 21 enfants plaignants. Icône du Vieux Campeur et des activistes environnementaux, Bill n’est pas qu’une silhouette du marketing vert. Bill est aussi un ex de la NASA et lanceur d’alerte des particules fines et du gaz à effet de serre.

Sauf qu’avec les années, Bill se fatigue un tantinet que rien ne change malgré les conclusions de plus en plus alarmantes des scientifiques du monde entier. Il s’achète une panoplie complète au Vieux Campeur et devient activiste écolo (je vous passe les détails croustillants de son muselage à la NASA, qui n’apprécie pas la diversification des activités de Bill).

Ardent soutien au groupe de kids, dont fait partie sa petite-fille, il a salué la décision de justice qui « enclenche les rouages d’un Nuremberg climatique pour les générations futures ».

Et, cerise sur le cake, le juge Thomas M. Coffin rejette tout recours aux accusés et annonce « un procès sans précédent dans notre pays », qui s’intéressera « à l’action et l’inaction du gouvernement » dont les conséquences sont «  la pollution de l’air au carbone, la déstabilisation du climat et l’acidification des océans », ce qu’on peut difficilement qualifier de broutilles ou d’élucubrations d’une jeunesse paresseuse.

Le juge reconnaît que « les plaignants apportent une dimension de justiciabilité au débat en affirmant que les dommages qu’ils encourent personnellement sont bien supérieurs que pour les classes plus âgées de la société ».

Ah !

On y est.

La jeunesse à ma droite, la maturité à ma gauche. (Entre les deux, le coeur de Terrifique a choisi mais gardera sa préférence secrète, dans les replis de ses ventricules).

Xiuhtezcatl Martinez, 15 ans. Un des plaignants. Activiste depuis le berceau, EarthGuardian, porte parole des jeunes générations "debouts" à l'ONU.

A ma droite, la jeunesse vent debout : Xiuhtezcatl Martinez (prononcer « shooTEZcat »), 16 ans. Un des plaignants. Activiste depuis le berceau, porte parole des EarthGuardians, tribun des jeunes générations « debout » à l’ONU.

À ma gauche : les vieux. Rex Tillerson CEO Exxon Mobil, symbole des entrepreneurs pionniers, courageux et qui font avancer chaque jour la société vers un progrès durable dans un confort 4 étoiles.

À ma gauche : la maturité (au pouvoir) symbolisée par le bien nommé Rex Tillerson (CEO Exxon Mobil), tête de gondole des énergies fossiles et des entrepreneurs pionniers, responsables, qui font avancer chaque jour la société vers un progrès durable dans un confort 4 étoiles avec rigueur et morale et une bouche sexy.

C’est là le cœur du débat qui se profile.

L’idée terriblement culpabilisante pour les adultes normaux que nous sommes.

La raison qui se cache derrière des slogans sentimentaux « sauvons nos enfants » et gnagnagna.

Désormais, c’est un concept reçu et validé par un juge assermenté : oui, les enfants de maintenant peuvent et vont nous demander justice. Justice pour leur future vie d’adulte qui se déroulera dans un monde hostile engendré par le dérèglement climatique, irresponsablement accéléré par la cupidité de quelques uns d’entre nous.

Nous le voyons déjà : dérèglement climatique du pastis en terrasse au mois d’avril par 9°, typhons à répétition et El Nino qui s’emballe, hausse du niveau des océans, pluies diluviennes, coulées de boue colossales et tremblements de terre dans des zones non-sismiques (youpla le gaz de schiste), surfaces océaniques mortes (RIP la Méditerranée)…

C’est pour cela que des adultes se sont rassemblés dans Our Children’s Trust, qui finance et soutient la plainte des 21 kids. Des adultes comme nous (seulement un peu plus doués en droit et très portés sur le gâteau à la carotte) qui veulent donner la parole aux enfants et remettre de la longueur de vue au débat, rajouter quelques décennies à nos échéances de lâches. Tous les dirigeants parlent la bouche en cœur « de prendre des mesures à l’horizon à 2025 ou 2050 ». OK, mais eux (et nous), on sera quasi morts à ces dates. Mais les petits gosses de maintenant, ils feront comment en 2050 ? Ils fêteront leurs 30 ans dans un bunker résistant aux radiations ? Et en trekking dans des contrées exotiques, ils se feront braquer leur bouteille d’eau plutôt que leur iPhone22 par des morts-de-soif ?

Respirer avec classe en 2050 ? C'est possible. Il ne faut pas TOUT voir en noir non plus.

Respirer avec classe en 2050 ? C’est possible. Il ne faut pas TOUT voir en noir non plus.

Les pétroleux et les schisteux ont la pétoche. Ils savent qu’un précédent au tribunal peut créer une cascade de plaintes et l’écroulement rapide et intégral de leur business florissant, même si certains se sont déjà effondrés à la surprise générale (Peabody, le n°1 du charbon américain vient de faire faillite). De nombreux avocats, journalistes, écrivains et activistes rêvent aussi, comme James Hansen, d’un « Nuremberg du climat ».

Et même si l’appellation est maladroite, l’image est puissante.

La justice climatique n’est pas le rêve de doux dingues en tongues de chanvre qui mangent du tofu avec délice parce qu’ils ont les papilles anesthésiées, mais l’objectif réaliste qui nécessite(ra) patience et pugnacité pour que les dirigeants de sociétés privées agissant en dépit absolu du patrimoine commun, qui exterminent les ressources naturelles et amenuisent la vie de millions d’entre nous, mains d’œuvre pauvres et défavorisées, rendent des comptes à un Tribunal Pénal Climatique International.

Ceux qui ont coupé des arbres millénaires pour faire du PQ parfumé à l’abricot chimique ? Allez, hop ! Perpèt ‘ !

Ceux qui ravagent les fonds des océans et leurs déciment leur faune pour remplir des barquettes de salade océane ?

Ceux qui creusent, creusent pour l’or noir sans reboucher le trou et même en Arctique ?

Ceux qui condamnent à la maladie des millions de personnes pour l’aluminium, la teinture de vêtements (bienvenue au Bangladesh) et le gaz de schiste ?

Alberta, Canada. Avant et après l'exploitation du gaz de schiste, 1er prix au concours néo-libéral "paye ton saccage" en 2012.

Alberta, Canada. Avant et après l’exploitation du gaz de schiste, 1er prix au concours néo-libéral « Paye ton saccage » en 2012.

Ceux qui volent le sable des mers et l’eau potable ?

Ceux qui…

Ces personnes qui touchent des salaires et des primes immenses.

« Des quoi ?!? Des arbres ?! Des orang-outans ?! Des espèces rares ?! Mais vous seriez pas en train de vous biiip de moi ?!! Vous me brûlez tout ça, hein, et fissa ! L’Indonésie n’a pas besoin de forêts primaires, ça ne rapporte pas un clou. Et vous me collez des plantations de palme, j’ai besoin d’huile pour mes snacks Speed Fat et mes Presto Pizza ». C’est ce qu’on entend dans les bureaux d’angle au sommet des tours dans les quartiers d’affaires, tapissés de beige et meublés en style néo-scandinave ou baroque asiatique, de la bouche sexy d’entrepreneurs responsables.

satellite indonesie incendies forets 2015

La plus grande catastrophe environnementale de l’histoire ? Elle se déroule en loucedé en Indonésie. Des feux de forêts criminels pour éradiquer les forêts primaires (et tout ce qu’il y a dedans) et planter de la palme pour l’industrie agro-alimentaire et autres. Les petits points ? La cartographie des incendies simultanés entre les 14 et 21 octobre 2015. Ça fait 8 mois que l’Indonésie brûle. Source : NASA

Emissions CO2 incendies Indonesie 2015

Émissions de CO2 en Indonésie à l’automne 2015 au plus haut des incendies : jusqu’à 3 fois les émissions totales des États-Unis !!! L’air était irrespirable jusqu’en Malaisie et aux Philippines. 23 sociétés viennent d’être dénoncées par le gouvernement indonésien pour avoir commandité et alimenté ces feux. Source : The Economist.

 

Ces gens là, je voudrais les voir un jour alignés en rang devant un juge avec la horde d’Ennio Morricone hurlant dans les enceintes, histoire de souligner la solennité du moment.

On en reparle bientôt avec les terrifiques Bill Hansen, Thomas M. Coffin et les 21 kids ?

Sources :

http://ecowatch.com/2016/01/14/youth-climate-change-lawsuit/ & https://ecowatch.com/2016/04/09/climate-change-case/

http://ourchildrenstrust.org

http://www.huffingtonpost.com/entry/exxonmobil-climate-change_us_56d86b7de4b0000de4039417

http://reporterre.net/En-Amerique-des-enfants-attaquent-l-Etat-parce-qu-il-soutient-les-combustibles

http://www.wsj.com/articles/peabody-energy-files-for-chapter-11-protection-from-creditors-1460533760

http://www.theguardian.com/environment/2015/oct/09/xiuhtezcatl-roske-martinez-earth-guardians

Chiffres : http://www.theguardian.com/environment/2015/may/12/us-taxpayers-subsidising-worlds-biggest-fossil-fuel-companies

http://priceofoil.org/profits-oil-gas-coal-companies-operating-u-s-canada/

http://www.statista.com/statistics/294614/revenue-of-the-gas-and-oil-industry-in-the-us/

JESSELYN RADACK, SACRÉE SOUFFLEUSE DE SIFFLET

Jesselyn Radack, avocate et whistleblowerJesselyn Radack, c’est un caillou dans la chaussure de la Maison Blanche, un cauchemar au cheveu blond ondulé pour tous les costards-cravates des FBI-CIA, une sorcière affreusement calme et professionnelle pour les militaires tortureurs américains, une sacrée casse-couilles femelle pour les voyeurs geeks de la NSA qui adorent écouter et filmer leurs concitoyens à leur insu.

Une réputation musclée portée par Radack, avocate née dans le Michigan en 1970, (très très) intelligente, pourvue de diplômes prestigieux, mère de trois enfants et mariée à un beau gosse qui travaille à la Banque Mondiale.

Quand on l’observe, il y a bien ces quelques détails singuliers. La mâchoire du bas proéminente et mobile, sa large bouche souriante ou ramassée quand elle se concentre, les yeux perçants et le sourcil gigotant, la tranche des mains qui rythment ses paroles sur la table, doucement, son collier en argent qui s’attache curieusement sur sa poitrine, sa diction légèrement teintée d’un accent ou d’un minuscule défaut de prononciation. Elle se lève, déploie son tailleur impeccable et sa démarche est étrangement, agréablement chaloupée. Et un nom sonnant : Jesselyn Radack.

Ce nom, c’est celui de l’armure en carbone kevlar des lanceurs d’alerte aux Etats-Unis, les tables de la loi faites femme. Depuis son éviction politique du Ministère de la Justice en 2002, Jesselyn Radack est devenue l’avocate des whistleblowers Thomas Drake et John Kiriakou et plus récemment d’Edward Snowden, des hommes qui ont dénoncé l’intégration de la torture et la surveillance de masse aux institutions. Vingt ans de pratique, dont 7 du côté du Ministère de la Justice et 14 de l’autre côté, dans la lutte contre l’appareil d’État et ses dérives anticonstitutionnelles, cuisinées gaiement depuis la lutte contre le terrorisme et la politique sécuritaire. Opérateurs de drones, «nouveaux snipers » de l’armée, systèmes de surveillance illégaux, prisons et méthodes d’interrogatoire violant les droits de l’homme et la loi : ces pseudo armes anti-terroristes dégénèrent en crimes d’état qu’elle dénonce sans flancher malgré les harcèlements qu’elle subit – en bronchant s’il vous plaît.

Princesse Disney du XXIème siècle, non ? (crédit photo Rick McKee 2002)

Madame Radack possède un ADN baigné dans une intégrité à l’épreuve des balles, au grand dam des pères sécuritaires et tortionnaires qui pullulent depuis le 11 septembre aux USA. Jesselyn Radack, c’est la princesse Disney du XXIème siècle, l’héroïne déterminée et travailleuse d’un conte insensé qu’elle raconte sobrement et parfois sans pudeur.

Des débuts difficiles dans une famille où le père se tire à son adolescence et laisse femme et enfants vivoter avec peu de moyens dans une maison capharnaüm. La maman n’est pas dans une forme olympique, elle n’a pas le sou, reçoit beaucoup de messieurs et boit. Le père se moque de soutenir la famille malgré sa réussite en tant qu’avocat et Jesselyn comprend que sa planche de salut, ce sont les études. Dès l’âge de 15 ans, elle bûche à mort pour devenir avocate – malgré les premiers symptômes déclarés de sa sclérose en plaque. Tous les premiers prix dans la poche, elle ne s’embarrasse pas de poser topless à 18 ans pour un magazine olé olé afin

Playboy, photo topless de Jesselyn (un cadeau signé Terrifique bien sûr).

d’empocher les 600$ du shooting pour aidersa mère, avant d’intégrer la renommée Yale Law School . « And what else ? », c’est le seul commentaire qu’on en tire. Jesselyn sait très tôt identifier les priorités. De diplômes en bourses, Jesselyn intègre à 25 ans le Ministère de la Justice, au comité d’éthique nouvellement crée, taillé à la mesure de ses ambitions de pourfendeuse des violations du droit. Ça y est, Jesselyn a pied dans le moteur et fera en sorte d’en demeurer une turbine essentielle.

Le rêve américain s’interrompt un matin de décembre 2001. Jesselyn arrive au travail, 5ème étage, bureau au fond du couloir à gauche. Un petit café et le téléphone sonne : « oui, allô ?? ». C’est un agent de l’unité anti-terrorisme qui demande deux trois conseils à Jesselyn Radack et au Comité d’Éthique. Oui, en fait les petits gars de l’armée ont choppé un tout jeune type dans les montagnes des Talibans – Lindh, un américain avec une barbe, une robe longue et quelques armes. Il faudrait l’interroger gentiment « mais sans avocat, on a le droit ? ». Jesselyn leur précise qu’en tant que ressortissant américain, il leur faudra impérativement respecter les lois – présence d’un avocat obligatoire et pas d’aveux sous la torture par exemple. Car ces aveux ne pourront pas être versés au dossier car soutirés de manière illégale. La voix répond « ah, vous êtes bien sûre ? Merde. Bon, ben je vous rappelle, hein » et raccroche. Jesselyn s’inquiète. Elle envoie un mail alarmant à ses supérieurs et à la direction du FBI en répétant ses consignes et sa crainte de dérives dans le début de la chasse aux terroristes. Quelques temps plus tard, elle voit des photos circuler en couverture de journaux et sur internet d’un américain, avec une barbe, quasi nu et inconscient, attaché à brancard avec du gros scotch noir et pourvu de moult ecchymoses assez moches à voir. La loque est désignée comme Lindh, terroriste affilié à Ben Laden en Afghanistan. Jesselyn lit dans la presse que John Ashcroft, procureur général des Etats-Unis, soutient que les droits de la loque ont été honorés, tandis que, c’est tout à fait drôle, ses avocats décrivent les scénarios de torture subis par leur client (enfermé dans un container pendant des jours, épreuve du froid etc..).

Ouvrage écrit par Jesselyn Radack sur l'affaire Lindh en 2012, préfacé par Glenn Greenwald (journaliste du Guardian qui dévoilera les révélations de Snowden en juin 2013).

Ouvrage écrit par Jesselyn Radack sur l’affaire Lindh en 2012, préfacé par Glenn Greenwald (journaliste du Guardian qui dévoilera les révélations de Snowden en juin 2013).

Jesselyn perd les pédales. Elle en appelle à la direction du Comité d’Éthique et aux fédéraux afin de partager ses craintes. Pas de réponse. Jusqu’au jour où le juge chargé de l’affaire Lindh la contacte pour confirmer les pièces du dossier d’instruction : on est d’accord, y’a pas plus de 2 messages échangés entre vous et l’agent de la section anti-terrorisme, hein ? Elle lui explique patiemment que, non monsieur, nous avons échangé au moins une douzaine de messages car il m’a fallu expliquer clairement que leurs méthodes étaient hors la loi. « Et bien, madame, renvoyez-moi les autres. » Elle cherche ses emails envoyés au sujet de Lindh. Rien. Son ordinateur a été §&@# purgé. Elle cherche le dossier dans les archives, contenant les impressions de ses mails. Bon, ben… le dossier est vide. Elle fait intervenir le dépannage informatique qui parvient à exhumer les emails (oui, je sais, dans la vraie vie, ça n’arrive jamais). Elle les imprime, les fait suivre, les clame, les envoie en quadruple exemplaires : rien, pas de réaction. Sauf un conseil : on lui demande de réduire la voilure car, madame, c’est la guerre contre le terrorisme, des américains sont morts, donc on va pas mégoter pour un barbu – même américain – qui s’est fait caressé d’un peu trop près par le FBI.

Scandalisée par l’immobilisme de la hiérarchie, elle démissionne du Ministère de la Justice puis contacte un journaliste de Newsweek, Michael Isikoff. Mike écrit alors l’article qui fait boum en dévoilant le non-respect des codes de l’éthique par le FBI, la dissimulation organisée de preuves, les fameux emails et… le nom de Jesselyn (le con). De ce jour, Jesselyn est grillée, identifiée comme traîtresse officielle et devient la proie des costards-cravate, bien décidés à la faire cuire sur terre, à décimer sa vie, à dégoûter son mari, à la discréditer dans la profession et à ostraciser ses enfants (vous êtes les gosses de la traîtresse aux Amériques ? Bouh !). Elle sera menacée, harcelée et suivie par des agents ainsi que ses proches en permanence – et en toute illégalité s’il vous plaît. Poursuivie hystériquement en Justice pour des motifs qui changent tous les mois, Jesselyn comprend qu’elle est passé de la catégorie des « bons » à celle des « truands ». Enceinte de plusieurs mois, elle se réveille un matin dans un lit ensanglanté. Fausse couche. Le stress, madame Radack, c’était mauvais pour le bébé, vous auriez dû vous en douter.

Après le 11 septembre, de même que Jesselyn, quelques individus aux Etats-Unis expérimentent un contre-sens civique foudroyant dans leur vie d’américains dévoués : dans le pays des libertés, le pays qu’ils défendent, ils dénoncent des pratiques illégales et anti-démocratiques et… l’appareil de l’état se déchaîne contre eux, avec des moyens démesurés pour les briser et en faire des exemples et surtout, des traîtres, ultime déshonneur. Les lanceurs d’alerte, autant les cramer dès le début pour éviter les vocations.

John Kiriakou, ex-CIA, gentil américain un peu énervant, naïf et courageux, qui est présentement en taule pour de très mauvaises raisons.

John Kiriakou, agent modèle de la CIA depuis sa sortie de l’université, se voit remettre un matin de l’automne 2001 (ce fameux automne 2001 – qui avait l’air si fun) un fascicule charmant et poétique sur une nouvelle technique d’interrogatoire pépère pour être plus efficace face aux al-quaedistes, avec des petits dessins et la liste des outils requis, une sorte de manuel à la Pif Gadget pour tarés, avec le logo de l’armée dessus. Il l’ouvre, le feuillette et sa mâchoire tombe. Il dit à son chef :

– Mais chef, heu… c’est bizarre ce truc ?

– Écoute John, y’a une formation prévue bientôt sur le sujet, tu veux pas y participer ? Les meilleurs éléments auront la priorité. Huhu…

– Heu, oui mais chef, c’est pas possible, là ! Les dessins du prospectus, c’est pour montrer comment torturer des gens dans des baignoires ! Nous sommes aux Etats-Unis, nous ne pouvons pas faire ça ! C’est une démocratie ici ! On ne tor-ture pas !

– Écoute Johnny, si ça te plaît pas, laisse tes camarades en profiter et ferme-la.

Bon, le problème avec John Kiriakou, c’est que c’est un gentil américain un peu énervant qui croit mordicus aux valeurs des Iounaïtide Stètss of Amewrica. Et il ne lâche pas. Il harcèle sa hiérarchie pour l’alerter sur la pratique de la torture, totalement illégale, de son agence de renseignement chérie. En vain. Donc, en dernier recours, comme Jesselyn, il contacte en 2007 des journalistes pour les informer des nouvelles tendances flippantes de la CIA – car le fascicule décrit tranquillement la méthodologie précise du waterboarding, pratique de torture dénoncée en décembre 2014 dans un rapport remis au Sénat américain (13 ans après que Kiriakou en ait informé ses chefs).

La vie de John de ce moment là plonge dans le noir – surveillance constante, perte d’emploi pour lui et sa femme, impossibilité d’en retrouver un (la CIA s’assurant bien que le couple devienne inemployable. Décidément, faire CIA, c’est assez marrant comme job !), intimidation de ses enfants, procès en pagaille… Le souci avec John, c’est qu’il a dit 2 mots de trop. Le prénom et le nom d’un agent de la CIA qui a officiellement participé à la mise en place de la torture, les deux mots qui lui font purger à cette heure une lourde peine de prison pour mise en danger d’un agent selon l’Espionnage Act.

Thomas Drake, ex-NSA et lanceur d'alerte pugnace.

Thomas Drake, ex-NSA et lanceur d’alerte pugnace.

Au même moment, Thomas Drake, senior executive à l’agence NSA, tombe sur un rapport confidentiel qui pose les bases d’un projet de surveillance de masse violant sciemment la vie privée des américains et extrêmement coûteux. Les rouages sophistiqués seront « fuités » par Snowden dix ans plus tard (stockage de milliards d’emails, collaboration forcée avec des multinationales privées, récupération de millions de données bancaires, écoutes téléphoniques…). Projet illégal et cynique, car les chefs se tortillent de bonheur à l’idée des énormes crédits qui vont leur être accordés dans la grassement rémunérée lutte anti-terrorisme. Pour donner une idée de la chose : en 2012, les estimations du budget annuel de la NSA, classé secret bien sûr, oscillent entre 8 et 20 milliards de dollars, soit 14% du budget « intelligence » des Etats-Unis (d’un total de 75 milliards de dollars, je vous laisse convertir ce fric en écoles, musées, production de films et salaires de chercheurs) répartis dans 15 agences de renseignement. Drake, en bon soldat qui vit un cauchemar éveillé, dénonce aussitôt auprès de sa hiérarchie cette infraction à la loi et au code de l’éthique. Et… badaboum. Sa vie devient une croix à 1 million de dollars de procès (au nombre de 9) alors qu’il a respecté la loi ! Les charges contre lui seront abandonnées en 2010 faute de… culpabilité. En récompense de sa droiture, Thomas Drake perd son job, sa femme, ses économies, sa maison et une certaine forme de légèreté de vivre.

Edward Snowden, ex-informaticien de la NSA, lanceur d'alerte.

Edward Snowden, ex-informaticien de la NSA, lanceur d’alerte, activiste politique et informatique.

Jesselyn Radack, dans le tumulte de ses propres procès, contacte ces lanceurs d’alerte également dans le collimateur des institutions fédérales. Elle défend Drake et Kiriakou, envers et contre toutes les menaces. Pendant des années de procédures et d’intimidations au ras des pâquerettes, Jesselyn garde sa tête blonde et frisée haute et son tailleur ajusté jusqu’à l’arrivée du petit dernier, le mignon et impressionnant Edward Snowden, ancien collaborateur de la NSA, dernier poulain de l’écurie de lanceurs d’alerte depuis l’été 2013, le plus célèbre, celui dont la vie est la plus menacée (hors de Channing, purgeant une peine de prison de 35 ans) et celui dont les révélations ont crée un tsunami politique sans précédent. Edy raconte dans sa conférence Skype à Paris en décembre 2014 « on ne décide pas de devenir lanceur d’alerte. Un jour, on le devient, parce que si l’on ne dénonce pas, on ne peut plus croire en rien. » Actuellement vivant à Moscou, la Russie étant le seul pays à lui accorder l’asile, Edward Snowden a livré à un réseau de journalistes en juin 2013 une quantité phénoménale de données internes à la NSA qui prouvent l’existence du programme d’espionnage illégal PRISM.

Personne présentant quelques troubles de la personnalité, tentant de se faire passer pour Mr Snowden pour séduire la rédaction de Terrifique.

Un message de remerciements à Mr Snowden sur un bus à Washington DC (financé par du crowd-funding, à l’initiative d’une association de défense des droits civiques !).

 

 

 

 

 

 

 

Désormais Directrice des Droits Humains et de la Sécurité Nationale au GAP (Government Accountability Project, une association indépendante et « non-profit » fondée par des avocats), le combat de Jesselyn Radack se concentre à la fois à défendre les lanceurs d’alerte, préserver leurs droits – qui rétrécissent autant que la banquise, et encourager les membres de la société civile à dénoncer les procédures illégales et anti-démocratiques dans leur job, au sein des institutions, banques, sociétés de surveillance, corporations diverses qui organisent la censure et la dégradation de la vie publique. Sa motivation derrière sa pugnacité auprès de Thomas Drake, John Kiriakou et Edward Snowden, c’est de « préserver la conscience, le courage et la protection juridique des futurs lanceurs d’alerte », largement menacée aujourd’hui. Car sous couvert de lutte contre le terrorisme, des projets de loi se préparent pour protéger les institutions et corporations des lanceurs d’alerte en herbe. Des campagnes de dénigrement dans les media sont également orchestrées via des psy pour affubler ces individus de… « pathologie narcissique » ! Jesselyn, quand elle n’est pas dans un avion en direction de Moscou pour voir Snwoden (puis fouillée et interrogée pendant des heures à son retour), monte sur un banc avec un porte-voix devant la Maison-Blanche, donne conseils juridiques, mobilise son réseau pour libérer Mohamedou Ould Slahi, prisonnier de Guantanamo, écrit pour la presse et sur son blog.

Non, Jesselyn Radack ne se met pas à la chanson dans un orchestre de joueurs de sifflets ou de lanceurs d’alerte. Elle mobilise, fédère et défend mordicus les droits des lanceurs d’alerte – et continue de se faire enquiquiner dans les grandes largeurs par le FBI.

Elle rappelle que « seule l’intervention des média permet de mettre au grand jour les méthodes hors la loi, car une fois ces méthodes rendues publiques, le secret est brisé, la Justice peut enfin suivre son cours et les choses peuvent changer, les coupables identifiés même si les poursuites prennent du temps et les peines sont souvent outrageusement modestes. Il est indispensables que les citoyens soient informés.»

Cette menace pesant sur les lanceurs d’alerte a été de grande actualité cette semaine en France, en pleine préparation des nouvelles réglementations économiques et anti-terroristes. Un amendement glissé subrepticement dans la loi Macron, intitulé sans honte secret des affaires, prévoyait de criminaliser et punir lourdement les journalistes ou individus dévoilant des informations confidentielles du secteur privé ou public : les peines encourues étaient plus sévères qu’en cas d’abus de bien social ! Depuis 3 ans, les lobbies des affaires travaillaient à faire voter cet amendement entravant la liberté d’investigation des média et la liberté « morale » d’employés du privé. La vigilance de journalistes minutieux et indépendants (vive Mediapart!) a fait échouer cette tentative de censure et suite à la mobilisation de la profession, François Hollande a demandé à faire retirer ce projet de loi.

Même dans le secteur privé, la lutte pour la transparence est cruciale. Ce sont des lanceurs d’alerte, employés et scientifiques, qui ont brisé l’omerta régnant autour des activités cadenassées de Monsanto. Le système de blanchiment de la HSBC – concernant près d’1 milliard de dollars de pactole des cartels mexicains – a été mis à jour par un ancien collaborateur de la banque, Everett Stern.

Jesselyn précise que « vous pouvez faire partie de la solution ; fournir à des journalistes de media traditionnels ou de nouveaux média (Wikileaks) des documents qui prouvent l’illégalité, l’immoralité et le gaspillage des activités dans votre profession. »

Malgré tous mes efforts, je ne trouve rien à whistleblower de particulier pour l’instant, mais je ferai gaffe à l’avenir.

Madame Radack, bien à vous.

 

A voir :

Citizenfour, un documentaire qui réveille.

Citizenfour, un documentaire qui réveille.

Citizenfour, un film documentaire de Laura Poitras sur Edward Snowden.

Sortie le 4 mars 2015 en France.

Sources :

Documentaire à voir ici : « Lanceurs d’alerte, coupables ou héros ? » de James Spione, avec J. Radack, T. Drake, J. Kiriakou. Mélo mais fou !

The Guardian

http://www.theguardian.com/profile/jesslyn-radack

Entretien, Jesselyn Radack avec la rédaction d’Arte.

http://www.arte.tv/guide/fr/056852-001/entretien-avec-jesselyn-radack

Livre de Jesselyn Radack : Whistleblower, the Traitor and the « American Taliban » (préface de Glenn Greenwald).

MotherJones Anatomy of a whistleblower

http://www.motherjones.com/politics/2004/01/anatomy-whistleblower

LUMIÈRE EN BOUTEILLE : ÇA BRILLE CHEZ LES POBRES !

Alfredo Moser, inventeur de l'ampoule Moser

Alfredo Moser, inventeur de l’ampoule Moser

En France, la lumière c’est : le soleil (quand Joël Collado de Météo France se lève du bon pied) ou un bouton on/off. Ailleurs, c’est parfois beaucoup plus aléatoire. Tenez, vous êtes réparateur de mobylettes, vélos et machines en tout genre et vous habitez dans un bidonville à Manille, classé 3 épis au Guide de l’Habitat du Pauvre. Pas de réseau électrique. Donc dans votre charmante cabane en tôle ondulée et en carton, mi-atelier mi-maison, même en plein jour, il y fait noir de suie : impossible de retrouver votre chargeur d’iPhone en moins de 27 minutes dans votre 12m2. Vous pouvez allumer une bougie, mais la semaine dernière, c’est une bougie qui a fait flamber tout un coin de cabanons et 5 personnes sont mortes, donc vous y allez mollo sur l’ambiance romantique. La lampe à kérosène ? Votre petit dernier est devenu asthmatique à cause des vapeurs toxiques. Vous ne pouvez pas travailler quand il pleut 3 mois par an et tout se passe dehors, dans le bruit, la boue ou le soleil brûlant. Et puis le bidonville voisin, équipé d’un réseau électrique à la mord-moi le nœud, a subi un incendie super flippant l’année dernière pour cause de manque de maintenance et d’une installation brouillonne. Sans parler de l’explosion que l’incendie a provoquée dans l’épicerie de fortune qui stockait les petites bouteilles de kérosène ménager. 17 morts et 110 blessés.

Alors quoi ? Que fait Areva ? Pourquoi ces pauvres ne se cotisent pas pour bâtir une belle centrale nucléaire comme chez nous ?

Un tel rêve qu'on se demande pourquoi ne pas en faire des posters ou des serviettes de plage ? La chance, en France, 19 sites nucléaires.

Un tel rêve qu’on se demande pourquoi ne pas en faire des posters ou des serviettes de plage ? La chance, 19 sites nucléaires actifs en France !

Heureusement pour vous et pour Terrifique, blog sentimental, un jour d’il y a environ cinq décennies naquit Alfredo Moser au Brésil dans la petite ville d’Uberaba, plantée dans les terres du sud. Taiseux, habile de ses mains et de ses neurones, Alfredo Moser travaille comme mécano dans un garage. Un matin de 2002, préoccupés par les coupures électriques incessantes dans leur région, Alfredo et son patron dissertent sur les moyens d’y pallier tout en bricolant un vieux tracteur. Evoquant des souvenirs flous de réactions chimiques datant du lycée technique, le patron d’Alfredo ne se doute pas que ses mots vont chatouiller le génome d’inventeur de son meilleur ouvrier. Les sourcils froncés et parlant tout seul, Alfredo Moser rassemble tout un fatras dans un coin attenant de l’atelier puis s’entête à remplir des bouteilles vides, percer des trous dans la toiture en marmonnant. Ni le patron ni madame Moser ne s’inquiètent car, oui, Alfredo aime se mesurer à des objets improbables pour leur soutirer des usages inédits. Un peu de patience et Alfredo reviendra parmi nous n’est-ce pas ?

1 litre de lumière.

1 litre de lumière ?

2 jours plus tard, peu loquace mais l’œil taquin, il invite sa femme et son patron à entrer dans l’appentis sans fenêtre, équipé habituellement d’une ampoule poussiéreuse et jaunâtre. Les témoins tombent du pommier : la remise est baignée d’une magnifique lumière et d’étranges ampoules trônent au plafond. Mais Alfredo, parle ! Qu’as-tu fait, sacrebleu ? Alfredo, tout en remuant le pied dans le sable avoue qu’il a trouvé un truc. Un truc pas mal, simple et quasi gratuit. Et peut-être que les plus pauvres de leur communauté y trouveront un remède pour éclairer leurs maisons. Fala, parle, Alfredo ! Ou que la canne à sucre s’abatte sur toi !

Alfredo s’anime soudain, saisit une bouteille en plastique vide de 2 litres, la remplit d’eau claire et ajoute 2 capsules de javel. Il monte à l’échelle et s’approche d’un trou déjà percé dans la tôle du plafond. Il insère la bouteille, la fixe avec de la résine polyuréthane et là, bingo ! Une douce et forte lumière se diffuse de la bouteille. L’ampoule solaire est née. Zéro émission de carbone, sans abonnement tarif bleu EDF, matériaux de récupération pour un effet équivalent à une ampoule de 40 à 60 watts.

L'ampoule solaire éclaire enfin une maison de Manille.

L’ampoule solaire éclaire enfin une maison de Manille.

Incrível ! Certes, elle ne fonctionne que la journée, mais imaginez un peu : votre atelier à Manille va être illuminé ! Vos outils seront bien rangés et désormais à l’abri de la pluie ou du soleil torride, vous allez pouvoir vraiment bien bosser. Et pendant que vous ausculterez de vieux vélos, vos mouflets seront sagement attablés à faire leurs devoirs à la lumière plutôt que de vadrouiller dehors. Les tâches quotidiennes deviennent réalisables car tout s’éclaire. Votre vie va changer, quoi !

Alfredo baptise sa découverte « one liter of light », le litre de lumière, mais les habitants préfèrent lui rendre hommage en la nommant la lumière Moser, Moser light, ce qui met le rose aux joues d’Alfredo.

Illac Diaz, fondateur du projet MyShelter Pundation pour l'open access de l'ampoule Moser.

Illac Diaz, fondateur du projet MyShelter Fundation pour l’open access de l’ampoule Moser.

La nouvelle se répand jusqu’au bout du monde : à Manille aux Philippines, Illac Diaz est tout sonné d’apprendre l’existence de ce procédé. Il se rend au Brésil pour rencontrer Alfredo. Autour d’une bière fraîche, une association naît : MyShelter Foundation, pour la promotion gratuite de cette technique. De petites manufactures s’ouvrent aux Philippines et offrent d’installer ces ampoules solaires à un prix dérisoire dans les quartiers les plus pauvres. 15 000 foyers sont équipés en quelques mois et des dizaines d’emplois sont crées. Deux ans plus tard, 300 000 maisons s’illuminent grâce à l’ampoule Moser.

Programme d'installation des ampoules Moser dans un bidonville de Manille.

Programme d’installation des ampoules Moser dans un bidonville de Manille : un atelier de fabrication de fortune !

En 2006, MyShelter Foundation développe des stages de formations dans plusieurs pays (Inde, Colombie, Népal, Mexique, Pakistan…) afin de rendre les habitants autonomes dans le développement du système. L’objectif ? 1 million de foyers équipés en 2015. Même les pays occidentaux (Etats-Unis, Espagne, Royaume-Unis) étudient les possibilités de l’ampoule solaire et planchent sur des projets « très concrets » pour l’avenir (ça fait quand même 5 ans qu’ils planchent, à croire que leur planche occidentale est du genre savonnée). Parce que c’est efficace et aussi, c’est… beau !

Plafond bof + litres de lumière = très joli

Plafond bof + litres de lumière = très joli

Pas un iota de changement dans la vie d’Alfredo Moser : il habite toujours dans la même maison à Uberaba avec sa femme et travaille toujours comme mécano. Alfredo s’autorise à dévoiler sa fierté dans un sourire, c’est là tout le gain personnel de sa découverte, « précieux » avoue-t-il.

Sanjit "Bunker" Roy, fondateur de l'Université des Va-Nu-Pieds (Rajasthan, Inde)

Sanjit « Bunker » Roy, fondateur de l’Université des Va-Nu-Pieds (Rajasthan, Inde)

Pendant ce temps-là en Inde, Sanjit « Bunker » Roy s’acharne. Après ses études à l’université de Delhi aux débuts des années soixante, Sanjit Roy se découvre la fibre sociale et pédagogue au contact de l’enseignement de Gandhi. A contretemps de la raison et des normes sociales en vigueur, il s’attèle à monter en 1972 l’Université des Va-Nu-Pieds, the Barefoot College, pour rendre accessible aux plus démunis l’apprentissage sous toutes ses formes (médecine, ingénierie, lecture et écriture, couture…) sur le principe « learning while doing » (on apprend en faisant). L’objectif évident est l’autosuffisance et l’autonomie des communautés pauvres qui ne peuvent pas compter sur les pouvoirs publiques. A Tilonia au Rajasthan, Sanjit « Bunker » Roy cuisine un véritable mille-feuille éducatif unique au monde : une couche de cours du soir pour les femmes, une couche d’école pour les filles, une couche de stages longues durée pour entrepreneurs et artisans ruraux en herbe. La plupart des étudiants de tous âges s’avèrent être… des femmes ou des filles, que Sanjit Roy considère comme « les chevilles de la communauté et plus enclines que les hommes, une fois retournées dans leur campagnes, à partager et diffuser leur savoir nouvellement acquis avec leurs concitoyens ».

Pour faire vite, vous êtes illettré mais motivé ? Hop, une petite formation riquiqui et vous devenez… dentiste, tisseur, architecte, technicien hydraulique, menuisier, enseignant… Concrètement, vous apprenez à monter un système d’irrigation pour vos champs, à lire ou à écrire pour enseigner aux enfants, vous vous familiarisez avec les gestes médicaux de base afin d’ouvrir un dispensaire dans votre village etc. La contrepartie : en dehors des heures de cours, vous participez à améliorer et agrandir le Campus de l’Université, qui fonctionne à 100% à l’énergie solaire et dont les bâtiments, les manuels scolaires et les équipements ont tous été fabriqués par les apprentis.

Université des Va-Nu-Pieds et son manuel d'ingénierie solaire, 100% photos et zéro texte ! Unique au monde.

Manuel d’ingénierie solaire pour Va-Nu-Pieds, 100% photos et zéro texte ! Unique au monde.

Campus solaire, Université des Va-Nu-Pieds : des femmes apprenties-ingénieurs en panneaux solaires !

Campus solaire, Université des Va-Nu-Pieds : des femmes apprenties-ingénieurs en panneaux solaires !

Avec 3 millions d’étudiants de 37 nationalités depuis sa création, l’Université des Va-Nu-Pieds demeure joyeusement ambitieuse et emploie ses deniers (2,5 millions de $ par an) dans des projets pour lesquels pas un investisseur occidental ne parierait ses miles Air France. Il faut dire qu’avec son nom de boxer (alors qu’il a été champion de squash), Sanjit « Bunker » Roy incarne le franc tireur des entrepreneurs sociaux, sans peur et à la modestie pétaradante. Son dernier coup ? Utiliser la lumière du soleil, une denrée inépuisable, gratuite et disponible, via un programme spécial va-nu-pieds pour apprendre à fabriquer des panneaux solaires lors d’une formation de 6 mois, réservée aux femmes. Pendant que l’Europe et la Chine s’écharpent à coups de tarifs douaniers et de haute-diplomatie pour protéger leur industrie du panneau solaire, Sanjit Roy se marre : des centaines de femmes dans les régions les moins riches du monde savent désormais concevoir toutes seules des panneaux solaires pour alimenter en électricité les coins les plus reculés et les moins servis par la technologie, à savoir… leur bled. Cette énergie solaire, non polluante, durable et gratuite, leur permet notamment l’utilisation de téléphones portables et alimente aussi le four collectif, la pompe à eau, des machines agricoles, appareils médicaux, ordinateurs selon les ressources des communautés. Et il faut voir le Campus Solaire ! Des camerounaises, mexicaines, indiennes et autres studieusement absorbées devant leur établis, entourées de circuits électriques et de petits câbles qu’elles apprennent à souder et à agencer. Elles n’en reviennent pas elles-mêmes ! Dès leur arrivée, elles apprivoisent la langue des signes pour communiquer entre elles et se filer des tuyaux ; une fois la formation terminée, elles repartent avec un manuel technique entièrement réalisé avec des photos, sans texte.

Femmes construisant un panneau solaire (Inde).

Femmes construisant un panneau solaire (Inde).

Loin des effets d’annonce, ce programme éclaire désormais 1 000 villages (35 000 maisons) en panneaux solaires faits-main et représente une économie d’argent et de pollution de 4,6 millions de litres de kérosène (chiffres 2010, Schwab Foundation for Social Entrepreneurship). Bardé de prix et de titres ronflants, Sanjit « Bunker » Roy regarde surtout avec dévotion la dédicace du Dalaï Lama dans son bureau, suite à sa visite sur le Campus. Et le Guardian l’a nommé récemment « un des 50 écolos qui peuvent sauver la planète ».

Panneau solaire construit et installé dans un village par les habitantes, alimentant le four collectif.

Panneau solaire construit et installé dans un village d’Afrique par les habitantes, alimentant le four collectif.

Les Thomas Edison du XXIème siècle sont d’une autre trempe, n’est-ce pas ! Si vous avez une vieille maison à éclairer, un appartement sous les toits, un bateau ou une tente de camping, n’oubliez pas la Moser Light. Pour apprendre, c’est ici.

Sinon, pour l’équivalent occidental de l’Université des Va-Nu-Pieds… hum… voyons… Pôle Emploi ?

Sources :

Le projet MyShelter Foundation et entretien en 2013 avec Illac Diaz : http://aliteroflight.org/

http://www.the9billion.com/2013/08/25/liter-of-light-aiming-to-bring-light-to-a-million-homes-in-need/

L’Université des Va-Nu-Pieds : http://www.barefootcollege.org/

http://www.theguardian.com/global-development/2011/jun/24/india-barefoot-college-solar-power-training

ARUNACHALAM MURUGANANTHAM ? ROI DU TAMPON LOW COST !

Arunachalam Muruganantham ? King of the tampon !

Ce n’est ni le nom d’une araignée tropicale ni celui d’un poisson des abysses. Ce nom est celui d’un inventeur qui a coupé le sifflet à sa famille et ses voisins, qui a collé le blues aux industriels et aux hommes politiques et mit une droite au fatalisme et à la superstition. C’est le nom compliqué d’un homme dont l’invention simple a crée des milliers d’emplois et éradiqué de nombreuses maladies, au prix de situations rocambolesques voire embarrassantes qu’il raconte allègrement avec un humour de Monthy Python.

Mais qu’a-t-il inventé me demandez-vous ? La cigarette écologique ? La multiplication spontanée du hamburger ? Une appli de drague pour citadins qui marche vraiment ? Mais qui est ce monsieur, sérieusement ?

Arunachalam Muruganantham porte un titre unique dans l’histoire des hommes : il est le roi du tampon et son sceptre est… la serviette hygiénique low-cost. Découvrir son parcours donnera, même aux plus coriaces je le sais, des frissons derrière les cuisses.

Un jour de 1998, peu après son mariage avec Shanthi à Coimbatore en Inde, Arunachalam la surprend des chiffons répugnants à la main, qu’elle tente de dissimuler sous ses jupes. Intrigué, Arunachalam lui demande ce qu’elle fabrique et la réponse gênée de sa femme le glace : ces chiffons lui servent à absorber tant bien que mal le sang pendant ses règles. Arunachalam lui demande alors pourquoi elle n’achète pas des serviettes hygiéniques, car ces chiffons sont si sales et abîmés qu’il ne les utiliserait « même pas pour nettoyer son scooter ». La réponse le glace encore plus : « si j’achète des serviettes hygiéniques, il n’y aura plus d’argent pour acheter du lait. »

Exemples de serviettes hygiéniques low cost : les ateliers sont libres de les emballer à leur façon et trouve leur nom de marque.

Exemples de serviettes hygiéniques low cost : les ateliers sont libres de les emballer à leur façon et trouve leur nom de marque.

De fait, leur ménage est pauvre. Les serviettes hygiéniques industrielles, délivrées par les Procter & Gamble et autres multinationales américaines, coûtent si cher que seules 12% des femmes en Inde ont les moyens de les utiliser (chiffre du gouvernement indien, d’après une étude AC Nielsen en 2011). Les autres ? Et bien chaque mois, elles se débrouillent avec les moyens du bord  qui donnent la nausée : boue, vieux journaux, feuilles sèches, cendres, chiffons jamais désinfectés… C’est pour cette raison que 70% des femmes indiennes connaissent des problèmes de santé plus ou moins graves (chiffres étude AC Nielsen) : infections vaginales et dermatologiques à répétition, qui génèrent souvent des complications, notamment lors des grossesses, voire l’infertilité. Pour chaque cycle de règles, donc chaque mois, il faudrait qu’une femme dépense 150 roupies en serviettes hygiéniques alors que le revenu moyen des « pauvres » est de 35 roupies par jour ! (360 millions de personnes vivent en-dessous du seuil de pauvreté selon les chiffres d’un rapport commandé par le précédent gouvernement à la Reserve Bank of India, soit 1/3 de la population, ce qui fait de l’Inde le pays qui a le plus de pauvres au mètre carré). C’est comme si, en France, il nous fallait dépenser 160€ pour des tampons chaque mois : à ce stade, nombre de femmes françaises au Smic n’auraient d’autre choix que les indiennes. L’équation est simple : nourrir sa famille ou assurer sa propre hygiène et sa santé.

Arunachalam est consterné. Il interroge les femmes de son entourage qui lui affirment user des mêmes techniques miséreuses puis se rend dans les épiceries constater le prix des serviettes. Et là, Arunachalam bascule : il décide de trouver un moyen de rendre accessible ces fichus outils à toutes les femmes. C’est là que ça se corse et que l’homme resplendit de folie.

Pendant 2 ans ½, il lui faut démystifier la serviette périodique : mazette, en quoi est-elle fabriquée ? Il tâte, cherche, découpe, assemble du coton de diverses manières et sollicite sa femme et ses sœurs pour les tester. Celles-ci refusent à grands cris, « ça ne se fait pas de parler de ça ! ». Il s’adresse alors à un groupe d’étudiantes en médecine, mais les tests ne sont pas probants car certaines jeunes femmes trichent par embarras : Aru, tu rêves, les règles, c’est la honte et les femmes sont impures pendant leur règles ! Tu exagères, mon petit bonhomme. De fait, les femmes pensent même qu’il utilise les serviettes usagées pour faire… de la magie ! Il n’y a qu’Aru pour trouver le sujet normal et digne d’études. Au bout de 18 mois, sa femme le quitte, inquiète de la santé mentale de son mari et imaginant que son projet lui sert de moyen pour faire des… rencontres . Ses amis le trouvent changé et commencent à l’éviter. Absorbé dans ses recherches, il réalise que ses tests ne pourront pas se faire avec l’aide de ses concitoyens, rebutés par les menstrues. Aru s’en tamponne et décide de tester ses prototypes lui-même grâce à un mécanisme digne d’un psychopathe : un vieux ballon transformé en poche remplie de sang de chèvre, fourni par un vieux copain devenu boucher, munie d’un tube qui va dans son slip et, quand elle est pressée, délivre le sang associé à un anticoagulant afin qu’il reste liquide plusieurs jours. Il vaque à ses occupations quotidiennes, tunné avec son pochon, son slip de femme (véridique !) et sa serviette hygiénique. Chaque jour, il récupère les serviettes usagées pour les étudier et les stocke dans une pièce chez lui. C’en est trop pour sa mère, qui le plaque à son tour. Les voisins du village le regardent d’un œil torve et l’accablent : considéré comme pervers ou pris par de mauvais esprits, il est obligé de quitter le village pour éviter le lynchage.

Buté et culotté, Arunachalam s’accroche mais la serviette hygiénique garde encore ses secrets. Son seul recours : soutirer quelques informations aux industriels, mais son anglais est mauvais. Contre une aide-ménagère ponctuelle, il s’adresse à un universitaire, bilingue, qui contacte pour lui ces grandes multinationales sous un faux prétexte (il se fait passer pour un producteur de coton qui veut changer de secteur et donner dans l’hygiène). Aru récupère enfin un échantillon de la matière première de son graal : c’est de la cellulose, dérivé du bois, et non pas du coton ! Avec cette nouvelle matière première dont il trouve un fournisseur local, sa serviette est prête, impeccable, absorbante et confortable, mais il faut maintenant la produire or une machine industrielle coûte plus de 400 000€. Damned.

Aru forme une coopérative de femmes, Inde.

Aru forme une coopérative de femmes, Inde.

Sans peur, ni du labeur ni de la féminité, et tout à son obsession, il travaille à construire sa propre machine. Travailleur manuel averti depuis l’âge de 14 ans, soudeur et débrouillard, il livre au bout de 4 ans ½ de rude mécanique la machine miracle : elle coûte 1000€, se livre en kit et il ne faut qu’une heure pour apprendre à la faire fonctionner. Quel talent ! Elle produit 2 serviettes par minute en 4 étapes : la cellulose est réduite en fins copeaux, puis compressée en tranches rectangulaires et enveloppée dans une fine toile de non-tissé, le tout est ensuite désinfectée par ultra-violet, sans produits chimiques (contrairement à celles produites par les industriels occidentaux, qui contiennent entre autres, sachez-le mesdames, de la dioxine, des pesticides et hydrocarbures). Chaque serviette coûte désormais 2 roupies au lieu de 10, ce qui en fait un produit accessible à la plupart des femmes.

Arunachalam Muruganantham peut crier victoire et espérer la fortune, mais non. 7 ans de labeur pour se priver d’une villa avec piscine, d’un private jet et d’une carte Amex ? Insensé. Le gaillard, fils de travailleurs pauvres, abandonne ses études à 14 ans en dépit de ses capacités. Suite à la mort accidentelle de son père, sa mère, ouvrière agricole et désormais veuve, gagne 1$ par jour pour subvenir aux besoins de ses 4 enfants, soit le prix d’un stylo bic ou le coût énergétique de 10 recherches sur Google. Pas de quoi nourrir les 4 oisillons, donc Aru doit travailler. Il développe un service de livraison de repas de midi dans des usines mais se fait piquer l’idée par un gros bras qui l’intimide et le pousse à arrêter. Il devient soudeur, vendeur de patates douces, réparateur de machines. Sa vie est marquée par l’idée que lorsque les pauvres ont accès aux bons outils pour travailler, ils peuvent vivre décemment de leur travail, par eux-mêmes. Son père était tisseur sur métier à tisser manuel malgré l’arrivée des machines mécaniques plus puissantes : cela suffisait pour mettre la nourriture sur la table et envoyer les enfants au collège.

atelier de fabrication, Inde.

Atelier de fabrication, Inde.

Le moteur de son invention est le projet social : alimenter la communauté pour la rendre auto-suffisante et l’aider à s’améliorer elle-même. Plutôt que de déposer un brevet et de vendre son idée aux sociétés marchandes contre royautés appétissantes, Arunachalam propose son projet aux communautés de femmes, les « ladies self help groups ». Le principe est simple : un groupe de villageoises souscrit un micro-crédit, achète la machine et la matière première, installe un atelier et embauche 4 ouvrières par machine, qui vivront de la vente des serviettes hygiéniques rendues accessibles à 3000 femmes de la communauté, ce qui permet de résorber une partie de leurs problèmes de santé. Des outils transparents (business plan, études de coûts etc) sont mis à disposition sur le site du projet pour faciliter la démarche des entrepreneuses : coûts d’installation, de production, capacités de fabrication, recrutement, prix de vente, marges dégagées. Les premiers pas s’avèrent difficiles et les nouvelles coopératives se heurtent aux superstitions et aux tabous religieux liés aux menstrues : beaucoup de femmes ne comprennent pas le lien entre protections féminines et santé. Il s’affilie alors avec des ONG pour développer un programme pédagogique, actif et patient, pour compléter le projet.

Jeunes filles dans une école équipée par la machine d'Aru - Ouganda.

Jeunes filles dans une école équipée par la machine d’Aru – Ouganda.

Peu à peu, les faits encouragent les initiatives locales : de petites fabriques essaiment dans le nord de l’Inde, des femmes sont conquises, des emplois sont crées, des programmes de santé pris en main par des villageoises désormais formées. Le bouche-à-oreille fait fureur et à ce jour, plus de 1300 villages indiens sont équipés le projet s’étend à plusieurs pays dont le Nigeria, l’Ouganda, le Bangladesh, le Népal, le Kenya…

AM lors de sa conférence (hilarante) TED en 2012.

À désormais 52 ans, Arunachalam Muruganantham respire : il a reconquis femme, mère et amis. Shanthi, sa compagne, s’engage maintenant dans la diffusion de la bonne parole, pour sensibiliser les jeunes filles, équiper les écoles et « rendre la fierté de la puberté aux femmes ». Aru est intervenu lors d’une conférence TED  puis a reçu le Prix national de l’innovation et fait partie des 100 personnalités incontournables du classement du Time 2014 aux côtés de Beyoncé. Serviettes sous le bras, il défend son projet « small is beautiful » et l’auto-suffisance des communautés pauvres dans le monde avec force blagues et anecdotes pas toujours flatteuses. Son influence a touché les plus hautes sphères de l’état et le gouvernement indien a lancé cette année une campagne nationale pour faciliter l’accès aux serviettes périodiques. Son nouveau combat ? Il le livre à Terrifique : « L’eau potable. Bientôt, les humains vont se battre pour l’eau potable et je veux contribuer à trouver des solutions pour préserver une terre saine pour l’agriculture et l’accès à l’eau pour tous ». Aruuu ! Heu… hourraaa !

En attendant, chères compatriotes, protégez-vous sainement car Aru n’a pas encore débarqué dans notre beau pays : les serviettes et tampons sans cochonneries, c’est ici, disponibles dans tous les magasins bio de France. Il y a 33800 jours de règles dans la vie d’une femme.  Évitons que pesticides et produits toxiques perturbent cet endroit sensible du corps : le vagin, ça se respecte, isn’t it ?

Sources :

Entretien avec Aru. Jayaashree Industries, la société de Mr Muruganantham : http://newinventions.in/index.aspx

Un article du Guardian qui date de 2012, c’est là que j’ai découvert le monsieur :

http://www.theguardian.com/lifeandstyle/2012/jan/22/sanitary-towels-india-cheap-manufacture

Sa conférence TED, à regarder si vous avez 9 minutes devant vous, car impayable !

https://www.ted.com/talks/arunachalam_muruganantham_how_i_started_a_sanitary_napkin_revolution

Indian Times :

http://articles.economictimes.indiatimes.com/2012-01-18/news/30639078_1_sanitary-napkins-rags-menstruating-women

OURSON D’EAU, MAILLOT JAUNE DE L’IMMORTALITÉ ?

Tardigrade, aka ourson d’eau, aka waterbear.

L’ourson d’eau. Imaginez un bonbon Haribo, en version pocket, avec des petites pattes qui gigotent mignonnement autour d’un gros corps mou, un peu comme le bonhomme Michelin mais sans lunettes. Ce minus (il ne fait souvent pas plus de 1mm) a tout pour susciter dédain et rires des humains. Il a aussi un petit problème de visage, l’ourson d’eau. Muni d’une bouche qui ressemble à s’y méprendre à un anus facial et le défigure proprement. Donc : petit, « fion-faced », un corps en bouée. Ridicule, l’ourson d’eau ? C’est sûr que personne n’irait se pâmer devant son tumblr. Mais l’ourson d’eau s’en fiche. Car ce minus boudiné est… quasi immortel. Plus précisément, il est l’organisme vivant qui se rapproche le plus de l’immortalité : pas de budget botox, pas de compléments alimentaires, pas d’implants, rien. Il est né comme ça, moche, minus ET balèze.

Découvert il y a deux siècles par la science, ses petites habitudes commencent à être connues. Il vivrait partout, devant votre porte, dans le jardin public… mais surtout là où c’est calme, sans infrastructures qui défigurent le paysage. L’ourson d’eau affiche un train de vie simple, décroissant. Le désert total, les sommets les plus hauts, le tréfonds des mers, la calottes de glace à perte de vue : c’est là où il se sent bien. Un peu de lichen au dîner et au dodo, heu-reux !

Heureux ? Et bien, non. Pas tout le temps. Il a aussi ses coups de blues du dimanche soir, l’ourson d’eau. Trop froid, trop chaud, pas assez d’eau ou d’oxygène, trop de sel ou alors il s’est vu dans un miroir… et il déprime. Et c’est LÀ qu’il nous sidère. Il active la cryptobiose. Was ist das ? La capacité d’arrêter le fonctionnement de son organisme : il se dégonfle tel un matelas pneumatique, en vidant l’eau de son corps à 97%. Il sécrète un sucre antigel, comme beaucoup d’organismes extrêmophiles, et se love dans une pellicule de cire comme un sac de couchage. Et il attend, ni mort, ni vivant, que les conditions s’améliorent pour son épanouissement personnel. Une fois ces conditions réunies, il va se regonfler et péter le feu.

Ourson d'eau déshydraté.

Ourson d’eau « déshydraté » tel une housse d’oreiller sans coussin.

Sidérés, des scientifiques sont allés sur la calotte arctique, avec leurs grosses moufles en carbone kevlar et leurs chaussures chauffantes, pour carotter l’ourson d’eau. A savoir extraire des carottes de glace et observer la pointe de la carotte au microscope, celle qui a plusieurs siècles. Que voient-ils ? Leurs moufles. OK, ils enlèvent leurs moufles. Et que voient-ils ? Des oursons d’eau pris dans une glace moyenâgeuse, tous raplaplas, dégonflés, vidés de leur substantifique moelle. Sans même essayer le bouche-à-bouche (rappelez-vous, ils sont « fion-faced »), ils les placent dans un environnement plus propice (température, nutriments…), paf ! les oursons d’eau se regonflent et re-gigottent des pattes après plusieurs siècles d’endormissement. C’est le syndrome Cendrillon ? Non, c’est la fameuse cryptobiose !

Champion de la cryptobiose, l’ourson d’eau (aka water bear, aka tardigrade de son nom professionnel) a désormais un énorme fan-club humain, mécréants et scientifiques. Ces derniers, sous la houlette d’un chercheur suédois en 2007, ont voulu la peau du tardigrade et l’ont projeté sans pitié, en groupe et en état de cryptobiose, dans l’espace : une partie de l’équipe d’oursons d’eau est revenue vivante et en pleine forme une fois réhydratée. Après ce petit exploit qui l’a fait rester modeste, il a été de nouveau envoyé dans l’espace, sur la navette américaine Endeavour.

Ourson d'eau, avant (heureux) et après (dégonflé, déshydraté, le moral en berne et cryptobiosé).

Ourson d’eau, avant (heureux) et après (dégonflé, déshydraté, le moral en berne et cryptobiosé).

Depuis, associations nationales d’accros aux tardigrades, « Tardigrade news » mensuelle, safaris découvertes pour croiser ces animaux-totems… Le monde est devenu fou !

Mais pourquoi tant d’intérêt de la Science et du peuple pour cet animal alors que nous vivons dans une société qui privilégie l’apparence physique ? Quelle motivation pour nous, pauvres mortels, de copiner avec les tardigrades ? Et bien, c’est la raison de travailler de Lorena Rebecchi, chercheuse à l’Université de Modène en Italie depuis près de 20 ans. Elle collabore avec des oursons d’eau de différentes origines (marins, montagnards, forestiers…) pour comprendre les mécanismes de réparation de l’adn (qui leur permet de résister au froid quasi absolu, aux radiations…), l’évolution de leurs techniques de reproduction (certains tardigrades sont devenus hermaphrodites au cours de l’évolution, par esprit pratique plus que par asexualité avérée ou perte du désir), leur capacité à vieillir sans prendre une ride ou plus simplement vivre longtemps en faisant de longues siestes. Si l’ourson d’eau nous révèle ses secrets, nous pourrons tous crier « bingo » en même temps !

En somme, vers 2040, se comporter et réagir comme un tardigrade deviendra pour les êtres humains une véritable tendance voire un phénomène incontournable pour surfer sur l’augmentation de la température planétaire, la disparition progressive de l’eau potable et donc de l’agriculture, la désalinisation et la mort des océans, les radiations dues au 23 explosions récentes de réacteurs nucléaires. Alors, maillot jaune, l’ourson ?

DHafVdB

Turritopsis Nutricula, l’innocence de la fashionista et les super-pouvoirs de Dieu

Pas trop vite, malheureux ! Depuis peu, Turritopsis Nutricula est entrée dans la course au maillot jaune de l’immortalité. Méduse biologiquement immortelle née dans les mers des Caraïbes, elle entame une invasion inquiétante des océans du fait de ses capacités hors du commun.

Son secret jeunesse ? Une fois la maturité sexuelle atteinte et l’accouplement réalisé, son système biologique… rajeunit. Comme si après une folle nuit d’amour, vous vous leviez le matin avec le visage, la voix et le corps de vos 16 ans, frais et jeune. Voire plutôt de vos 2 ans (horreur), car les scientifiques ont observé qu’une méduse adulte blessée pouvait, plutôt que mourir (solution de facilité), se terrer sur le plancher océanique, se recroqueviller et rapetisser tranquillement pour retrouver son état biologique de polype, mot « médusien » pour dire “petit enfant” en l’espace de… 2 mois ! Kubota-san de l’Université de Kyoto, connu pour être facétieux et amoureux platonique de cette méduse, a même reproduit 12 fois l’expérience avec la même méduse dans son laboratoire. Le talent de Turritopsis Nutricula réside donc dans sa fabuleuse régénération cellulaire, la capacité atypique de ses cellules à, non pas être immortelles, mais se transformer lors du processus de rajeunissement : une cellule de l’oreille droite devient une cellule de l’orteil gauche, une cellule du coeur devient une cellule des fesses (exemples en cours de validation protocolaires).

Mais des questions demeurent : ces cycles biologiques inversés sont-ils volontaires ou involontaires, voire limités ? Quelles applications viables et éthiques pour l’être humain ? Pourquoi aucun laboratoire américain n’a encore déposé de brevet sur le gène de l’immortalité de cette méduse ? Quel goût a Turritopsis Nutricula frite dans l’huile d’olive avec de l’ail et du citron vert ?

Sources :

Ourson d’eau :
Expédition sur l’Inlandis au Groenland : http://inlandsis.chez.com/bio.html
Entretien avec les scientifiques de l’Observatoire Danois à Qeqertarsuaq au Groenland, découvreurs d’une espèce encore inconnue d’ourson d’eau !
Lorena Rebecchi : http://www.tardigrada.modena.unimo.it/Rebecchi/Rebecchi.htm
Oxford Journal : http://icb.oxfordjournals.org/content/42/3/652.full

La méduse :
CNN http://edition.cnn.com/2014/08/28/world/asia/can-immortal-jellyfish-unlock-everlasting-life/

Lecture recommandée :
New York Times http://www.nytimes.com/2012/12/02/magazine/can-a-jellyfish-unlock-the-secret-of-immortality.html?pagewanted=all&_r=0

TERRIFIQUE, PORTRAITS DE GENS ET DE CRÉATURES CONDUCTEURS D’UNE CERTAINE FORME DE RÉSISTANCE

La seule idée qui m’évite de plonger (et de me noyer ?) dans les prévisions noires qui dessinent le futur proche de la terre et des hommes, la seule branche à laquelle il me paraît naturel et réjouissant de s’accrocher est celle-ci : il existe, dans tous les recoins de notre planète, des hommes et des femmes dont l’imagination, la créativité et le désintéressement ravivent l’espérance et forcent l’admiration.

Terrifique_intro_portraitsDes gens, parias ou doux dingues des Facultés mais parfois simples mortels sans grades, qui par leur inventivité, leur énergie et leur obstination changent le cours de la recherche ou de la vie de leur quartier, de leur ville, de leur continent avec une modestie qui paraît ringarde ou sentimentale tellement elle n’est plus sensée avoir cours !

terrifique_intro_extremophiles

Il y a aussi sur cette terre, que l’on détruit chaque jour davantage et qu’on laisse détruire par fatalisme, ignorance ou déni, des créatures fabuleuses dont les pouvoirs nous paraissent encore mystérieux mais qui portent peut-être les ferments de découvertes capitales pour rosir ce fichu avenir sombre et moche : algues, organismes pluricellulaires, extrêmophiles, végétaux… connus ou encore inconnus, ils recèlent des talents invraisemblables que les hommes pourraient un jour exploiter pour mieux vivre.

Terrifique tente de parler de ces gens et de ces créatures, dont la créativité ou les superpouvoirs sont une forme de résistance à la passivité et l’irresponsabilité des états, au cynisme morbide des multinationales, une claque à la monétarisation du vivant et de la vie. Et paf, je m’énerve… donc je laisse la parole à Michel. Michel ?

« Il y a des moments dans la vie où la question de savoir si on peut penser autrement qu’on ne pense et percevoir autrement qu’on ne voit est indispensable pour continuer à regarder et à réfléchir. » Michel Foucault (Usage des plaisirs).